Un jeune actif gagne 30 % de moins que ses aînés — et l'écart n'est pas le même partout
En 2024, un salarié de moins de 25 ans touche en moyenne 1 595 € net par mois en équivalent temps plein, contre 2 297 € pour un salarié de 25 à 39 ans. L'écart, ramené en pourcentage, donne ce qu'on appelle ici la « pénalité jeunesse » : 30,2 % en moyenne sur les 100 départements de ce jeu de données. Mais cette moyenne cache un écart qui va du simple au double selon l'endroit où l'on regarde : de 22,5 % en Lozère à 50,6 % à Paris. Ce texte teste une hypothèse précise : cette pénalité est-elle plus forte là où l'économie locale embauche surtout en contrats très courts ? L'intuition de départ est simple : dans les territoires où le tissu économique repose sur des embauches ponctuelles — extra de restauration, mission d'intérim, saisonnier de quelques jours —, un jeune actif qui débute a statistiquement moins de chances de décrocher un contrat long ou un temps plein stable, ce qui pourrait mécaniquement tirer son salaire moyen vers le bas par rapport à ses aînés déjà installés sur des postes pérennes. C'est cette intuition, et seulement elle, que les chiffres ci-dessous permettent de tester — pas de la confirmer d'avance.
Ce que disent les chiffres, département par département
Le dataset croise deux sources publiques distinctes sur l'année 2024 : le salaire net mensuel en équivalent temps plein par tranche d'âge, département par département, publié par l'INSEE, et le détail des déclarations préalables à l'embauche (DPAE) par nature de contrat, publié par l'URSSAF. La jointure sur le code département aboutit à 100 lignes exploitables (Mayotte et un résidu statistique du côté URSSAF sont exclus, faute de correspondance).
Sur ces 100 départements, le salaire des moins de 25 ans varie de 1 427 € à La Réunion (974) à 1 778 € dans les Yvelines (78). Celui des 25-39 ans va, lui, de 2 049 € en Creuse (23) à 3 452 € dans les Hauts-de-Seine (92). Autrement dit, la dispersion est nettement plus forte chez les 25-39 ans que chez les moins de 25 ans : les jeunes actifs touchent presque partout un salaire proche du bas de l'échelle, quel que soit le dynamisme économique local, alors que les salaires des actifs plus expérimentés grimpent fortement dans les zones à hauts revenus — vraisemblablement en lien avec une composition socio-professionnelle plus favorable aux actifs expérimentés, que ce dataset ne mesure pas directement. C'est précisément ce décalage qui produit une pénalité jeunesse très inégale d'un territoire à l'autre.
Ce décalage se lit aussi dans la dispersion statistique des deux séries. L'écart-type du salaire des moins de 25 ans, sur les 100 départements, est de 49,8 € (pour une médiane de 1 587,5 €, très proche de la moyenne) : les jeunes actifs sont payés de façon assez homogène d'un département à l'autre. L'écart-type du salaire des 25-39 ans, lui, atteint 217,3 €, soit plus de quatre fois supérieur. La pénalité jeunesse hérite directement de cette asymétrie : sa médiane, 29,7 %, reste proche de sa moyenne de 30,2 %, ce qui indique une distribution relativement régulière, sans valeur aberrante isolée qui tirerait la moyenne à elle seule.
Où l'écart est le plus grand
Les cinq départements où la pénalité jeunesse est la plus forte sont tous en Île-de-France : Paris (75) avec 50,6 %, les Hauts-de-Seine (92) avec 50,1 %, le Val-de-Marne (94) avec 39,0 %, les Yvelines (78) avec 38,4 % et la Seine-Saint-Denis (93) avec 37,7 %. À Paris, un jeune de moins de 25 ans gagne 1 702 € net par mois quand un 25-39 ans en gagne 3 445 €, presque le double.
Ce classement dit quelque chose d'important : la pénalité jeunesse la plus élevée ne se trouve pas forcément là où les jeunes sont le plus mal payés en absolu (Paris paie mieux ses moins de 25 ans que la moyenne nationale), mais là où les salaires des actifs confirmés s'envolent. L'explication la plus plausible, que ce dataset ne mesure pas directement, est que les 25-39 ans occupent une proportion importante de postes de cadres, de finance ou de sièges sociaux dans ces zones, ce qui tirerait fortement leur salaire moyen vers le haut sans que les postes d'entrée de gamme, eux, suivent au même rythme. Le Val-de-Marne, les Yvelines et la Seine-Saint-Denis, plus loin dans ce classement, pourraient confirmer le même mécanisme à une échelle moindre — ces départements franciliens concentrent vraisemblablement des postes qualifiés bien rémunérés pour les actifs expérimentés via les grandes entreprises et administrations, bien que ce dataset ne permette pas d'en mesurer la proportion directement — sans que les débuts de carrière ne semblent en profiter dans les mêmes proportions.
À l'autre bout du classement, la pénalité jeunesse la plus faible se trouve en Lozère (48) avec 22,5 %, dans les Alpes-de-Haute-Provence (04) avec 23,6 %, en Creuse (23) avec 24,0 % (1 557 € pour les moins de 25 ans), en Corse-du-Sud (2A) avec 24,2 % et en Haute-Corse (2B) avec 24,5 %. Ce sont des départements ruraux ou peu densément peuplés où les salaires des 25-39 ans restent modestes (2 049 € en Creuse, le plus bas de tout le classement). L'écart avec les moins de 25 ans y est donc mécaniquement plus resserré, non pas parce que les jeunes y sont mieux payés, mais parce que les actifs plus âgés ne le sont pas beaucoup plus — une situation dont ce dataset ne permet pas d'identifier précisément les causes structurelles.
Pénalité jeunesse (écart de salaire net EQTP moins de 25 ans / 25-39 ans) dans les cinq départements où elle est la plus forte et les cinq où elle est la plus faible, 2024.
Le poids des contrats très courts
L'hypothèse de départ portait sur les contrats courts : la pénalité jeunesse est-elle plus forte là où l'économie locale embauche surtout en CDD de moins d'un mois ? Sur les 100 départements, la part de CDD de moins d'un mois dans l'ensemble des déclarations d'embauche (DPAE) va de 30,4 % en Guyane (973) à 76,4 % à Paris (75), pour une moyenne de 62,1 %. À Paris toujours, sur 3 602 235 déclarations d'embauche enregistrées en 2024, 2 753 308 concernaient un CDD de moins d'un mois — plus des trois quarts du volume d'embauche total.
Les départements où cette part est la plus élevée sont Paris (76,4 %), la Vienne (86) avec 75,7 %, les Hauts-de-Seine (92) avec 73,7 %, le Calvados (14) avec 73,4 % et le Val-de-Marne (94) avec 71,2 %. À l'inverse, elle est la plus faible en Guyane (30,4 %), en Haute-Corse (2B) avec 32,0 %, en Corse-du-Sud (2A) avec 34,1 %, en Savoie (73) avec 38,7 % et en Haute-Savoie (74) avec 46,7 %. Ces deux départements savoyards ont une économie très marquée par le tourisme de montagne, où les contrats saisonniers pourraient durer plusieurs mois (une saison de ski) plutôt que quelques jours — ce qui pourrait expliquer une part de CDD très courts plus faible qu'attendu pour des territoires touristiques, bien que ce dataset ne mesure pas la durée réelle des contrats saisonniers au-delà du seuil d'un mois.
Part des embauches en CDD de moins d'un mois, mêmes dix départements que le graphique précédent — la Creuse combine ainsi pénalité faible et part de CDD très courts élevée.
Pour un étudiant qui cherche un premier emploi ou une alternance, ce chiffre a une portée concrète : la nature des contrats disponibles varie fortement d'un département à l'autre, et pas seulement le niveau de salaire. Comparer les offres réellement publiées par secteur et par zone, avant de candidater, permet d'éviter les bassins d'emploi où l'essentiel des embauches se fait sur des contrats de quelques jours — le hub emploi de StudyShare centralise les offres d'alternance et d'emploi par département et par métier pour ce type de comparaison.
Métropole et Outre-mer : deux réalités
En regroupant les 100 départements en deux zones, métropole (96 départements) et Outre-mer (4 départements, hors Mayotte exclue de la jointure), la pénalité jeunesse moyenne est quasiment identique : 30,2 % en métropole contre 30,6 % en Outre-mer. En revanche, la part de CDD de moins d'un mois diverge nettement : 62,6 % en métropole contre 48,8 % en Outre-mer. Les départements ultramarins de ce jeu de données ont donc un marché de l'embauche structurellement moins tourné vers le contrat très court que la métropole, sans que cela ne se traduise par une pénalité jeunesse plus faible pour autant — un premier indice que le lien entre les deux phénomènes n'est pas mécanique.
Ce contraste entre les deux zones va dans le sens du constat établi plus haut avec la Creuse : la part de contrats très courts et la pénalité jeunesse ne bougent pas forcément ensemble. Les départements d'Outre-mer de ce dataset ont un marché de l'embauche moins concentré sur les CDD de quelques jours qu'en métropole — ce dataset ne permet pas d'identifier précisément pourquoi (structure sectorielle différente, poids relatif de l'administration publique ou de l'agriculture, autres pratiques d'embauche locales) — sans que cela se traduise par un avantage salarial pour leurs jeunes actifs par rapport à la métropole.
Ce que révèle (et ne prouve pas) la corrélation
La corrélation de Pearson entre la part de CDD de moins d'un mois et la pénalité jeunesse, calculée sur les 100 départements, est de 0,40. C'est une corrélation positive et modérée : les deux grandeurs évoluent globalement dans le même sens, mais le lien est loin d'être systématique. Le cas de la Creuse l'illustre bien : ce département affiche l'une des pénalités jeunesse les plus faibles du classement (24,0 %) alors même que sa part de CDD de moins d'un mois est élevée, 70,2 %, largement au-dessus de la moyenne nationale. À l'inverse, Paris cumule pénalité la plus forte et part de CDD très courts la plus forte, mais cette conjonction s'explique surtout par le niveau extrême des salaires des 25-39 ans dans la capitale, un facteur indépendant de la nature des contrats.
Un coefficient de 0,40 traduit un lien positif mais modéré, loin d'une relation déterministe : la part de CDD très courts n'est qu'un facteur parmi d'autres dans le niveau de la pénalité jeunesse d'un département, aux côtés de la structure des salaires locaux, du poids des cadres et des grandes entreprises, du coût de la vie ou du secteur d'activité dominant. Aucune donnée de ce jeu ne permet d'affirmer que le contrat court cause la pénalité jeunesse : la comparaison entre départements n'est pas une expérience contrôlée, et de nombreux facteurs varient en même temps que la part de CDD très courts. On peut seulement dire que les deux phénomènes sont associés, pas que l'un explique l'autre.
Pour situer ce lien de 0,40 par rapport à d'autres facteurs possibles, on peut corréler directement le niveau du salaire des 25-39 ans avec la pénalité jeunesse. Le coefficient grimpe alors à 0,94, une corrélation quasi mécanique. Cette corrélation extrêmement élevée s'explique partiellement par la construction arithmétique même de l'indicateur : puisque la pénalité jeunesse est calculée à partir du salaire des 25-39 ans (pénalité = 1 − salaire moins 25 / salaire 25-39), une part importante de cette corrélation 0,94 tient à la relation mathématique entre les deux variables, et pas seulement à une relation économique indépendante. Bien que ce coefficient reflète une corrélation réelle dans les données, le résultat suggère plutôt que le niveau général des salaires des 25-39 ans est un facteur de premier plan : plus les 25-39 ans sont bien payés localement — vraisemblablement en lien avec une concentration d'emplois qualifiés ou de sièges sociaux, que ce dataset ne mesure pas directement —, plus l'écart s'élargit avec les moins de 25 ans, dont le salaire moyen départemental reste, lui, proche du bas de l'échelle quel que soit le territoire. La part de CDD très courts reste un facteur associé, réel mais secondaire face à celui-ci.
Concrètement, pour un jeune actif qui compare deux offres dans deux départements différents, le chiffre à regarder en priorité n'est pas le taux de CDD courts du département mais le salaire réellement proposé sur le poste et la durée du contrat lui-même : un département à forte pénalité jeunesse moyenne peut très bien proposer un CDI correctement payé, tout comme un département à pénalité faible peut multiplier les contrats de quelques jours. Se doter d'un CV qui met en avant l'expérience réelle et les compétences acquises, plutôt que de subir la première offre venue par manque de visibilité sur le marché local, reste le levier le plus direct pour sortir d'un enchaînement de contrats courts mal payés — un générateur de CV structuré aide à formaliser ce parcours avant de candidater. Cela ne change rien au niveau des salaires locaux, hors de portée d'un candidat individuel, mais cela influe directement sur la nature du contrat obtenu à l'intérieur de ce marché local : viser un poste correspondant réellement à ses compétences plutôt que le premier contrat court disponible reste, à données égales, le seul levier qui dépend du candidat lui-même.
Méthodologie et limites
Cette étude s'appuie sur deux sources institutionnelles indépendantes, toutes deux publiques : l'INSEE, via l'API Melodi (jeu de données DS_BTS_SAL_EQTP_SEX_AGE, salaire net mensuel en équivalent temps plein par tranche d'âge et département, 2024), et l'URSSAF, via son portail open data (jeu de données dpae-par-departement-x-grand-secteur, déclarations préalables à l'embauche par nature de contrat, 2024). La jointure s'est faite sur le code département, année 2024, et aboutit à un échantillon final de 100 départements — la France métropolitaine et la Corse au complet, plus la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et La Réunion. Mayotte est absente côté URSSAF et n'a donc pas de correspondance ; un résidu de calage statistique du côté URSSAF, sans équivalent géographique, a également été écarté par la jointure. L'année 2024 a été retenue plutôt qu'une année plus récente car c'est la dernière pour laquelle les deux sources publient des données stabilisées et comparables sur l'ensemble des départements au moment de la rédaction de cette étude.
Trois limites doivent être gardées à l'esprit. Premièrement, la comparaison entre départements est observationnelle, pas expérimentale : aucun département n'a été « assigné » à un niveau de CDD courts, et de nombreux facteurs (structure sectorielle, coût de la vie, poids des grandes entreprises) varient en même temps que les deux grandeurs étudiées — la corrélation observée ne permet donc aucune conclusion causale. Deuxièmement, la pénalité jeunesse et la part de CDD courts sont ici mesurées au niveau du département dans son ensemble, tous secteurs confondus : elles ne disent rien du contrat individuel d'un jeune actif donné, ni de son secteur précis. Troisièmement, le salaire INSEE est un salaire net mensuel en équivalent temps plein moyen par tranche d'âge : il lisse les écarts au sein même de chaque tranche d'âge (un jeune cadre et un jeune employé à temps partiel sont mélangés dans la même moyenne) et ne distingue pas le sexe, alors que le jeu de données source le permet.
Quatrièmement, les 100 départements du dataset n'ont pas du tout le même poids économique : le nombre total de DPAE 2024 va de 26 389 en Lozère à 3 602 235 à Paris. La corrélation calculée ici traite chaque département comme une observation égale aux autres, sans pondérer par la taille réelle du marché de l'embauche local — un choix qui donne autant de poids statistique à un très petit département qu'à Paris ou aux Hauts-de-Seine. Une analyse pondérée par le volume d'embauche, ou menée au niveau de l'entreprise plutôt que du département, pourrait nuancer ces résultats.
Questions fréquentes
Quel est le salaire moyen des moins de 25 ans en France ?
Sur les 100 départements de ce jeu de données 2024, le salaire net mensuel moyen en équivalent temps plein des moins de 25 ans est de 1 595 €, avec un minimum de 1 427 € à La Réunion et un maximum de 1 778 € dans les Yvelines. Ce chiffre agrège tous secteurs et tous statuts confondus, y compris l'alternance et l'apprentissage.
Pourquoi le salaire en alternance ou en apprentissage est-il plus bas ?
Le salaire d'un alternant ou d'un apprenti suit une grille légale indexée sur l'âge et l'année du contrat (souvent un pourcentage du SMIC), distincte du salaire d'un poste classique — ce qui tire mécaniquement à la baisse la moyenne globale des moins de 25 ans calculée ici. Cette catégorie d'âge concentrant vraisemblablement une part importante des contrats en alternance, une proportion que ce jeu de données ne permet pas de chiffrer précisément, le poids de ces contrats légalement moins rémunérés contribue au niveau moyen observé pour les moins de 25 ans.
Peut-on faire un CDD de moins d'un mois ?
Oui : le CDD de moins d'un mois est une forme de contrat courante et légale en France, notamment dans les secteurs à forte saisonnalité ou à besoins ponctuels. Il représente une part importante des déclarations d'embauche (DPAE) étudiées ici, jusqu'à 76,4 % du total dans le département où cette part est la plus élevée, Paris.
Un salarié en CDD de moins d'un mois a-t-il droit aux congés payés ?
Oui, la durée du contrat ne change rien à ce droit : tout salarié en CDD, y compris de quelques jours, acquiert des congés payés au prorata du temps travaillé, versés en général sous forme d'indemnité compensatrice à la fin du contrat plutôt que pris en repos.
Un étudiant salarié gagne-t-il le même salaire qu'un jeune actif à temps plein ?
Pas nécessairement, et ce dataset ne permet pas de répondre directement à cette question précise : le salaire INSEE utilisé ici est un salaire net mensuel en équivalent temps plein (EQTP), c'est-à-dire ramené à un temps complet, ce qui exclut les emplois étudiants à temps très partiel. Un étudiant qui travaille quelques heures par semaine à côté de ses études touche un salaire brut proportionnellement plus faible que la moyenne EQTP des moins de 25 ans citée plus haut, 1 595 €, sans que cela ne remette en cause son taux horaire.