Où l'apprentissage est-il aujourd'hui implanté ?
Avant de parler de dynamique, il faut d'abord regarder où l'apprentissage existe déjà. Sur 18 régions et DROM, le total national s'élève à 1 021 453 apprentis inscrits en CFA en 2023-2024, pour une moyenne de 56 747 apprentis par région et une médiane de 49 297. L'écart entre ces deux valeurs trahit déjà une distribution très étalée, tirée vers le haut par quelques grosses régions. Cette répartition cache un déséquilibre encore plus net entre métropole et outre-mer : les 13 régions de France métropolitaine concentrent à elles seules 999 015 apprentis, soit une moyenne de 76 847 par région. C'est un contraste saisissant avec les 22 438 apprentis répartis sur les 5 DROM, qui ne pèsent que 4 488 en moyenne par territoire. Autrement dit, l'apprentissage tel qu'il est structuré aujourd'hui est un phénomène très largement métropolitain, et concentré qui plus est dans une poignée de grandes régions.
Pour aller plus loin, consultez notre guide complet Emploi et carrière.
Voir aussi notre guide complet : Stage en CDI : 7 tactiques concrètes pour y parvenir.
Cette carte des effectifs sert de point de départ. C'est elle qui définit, région par région, « là où l'alternance est proposée » — au sens du stock d'apprentis déjà en formation, faute de donnée structurée sur les places ou offres non pourvues (voir méthode et limites plus bas). La question qui suit est de savoir si ce stock se traduit, ou non, par une dynamique de contrats à la hausse.
Les deux sources mesurent d'ailleurs deux choses différentes par nature, et c'est précisément ce qui rend le croisement utile. Le système SIFA de la DEPP est un recensement scolaire : il compte les apprentis inscrits dans un centre de formation, indépendamment de la date de signature de leur contrat. Le système SIA de la DARES, lui, est un registre administratif de contrats : il compte les entrées effectives, contrat par contrat, au moment où elles sont enregistrées. Le premier photographie un stock installé, le second mesure un flux récent. Une région peut donc avoir un stock d'apprentis important hérité de plusieurs années de développement de l'apprentissage, tout en enregistrant un flux de nouveaux contrats qui ralentit sur la période la plus récente — ce sont deux informations complémentaires, pas deux mesures de la même chose.
Les huit plus grandes régions, contrat par contrat
Les huit régions qui rassemblent le plus d'apprentis — celles où l'alternance est, par construction, la plus « proposée » au sens du stock installé — ne racontent pas du tout la même histoire côté croissance des contrats.
Île-de-France, première région avec 242 601 apprentis, enregistre le plus fort repli du pays : -10,1 % d'entrées en contrat sur la période janvier-avril, en glissement annuel. Auvergne-Rhône-Alpes, deuxième région avec 123 569 apprentis, recule elle aussi nettement, de -6,1 %. Occitanie, troisième région avec 85 102 apprentis, reste quasi stable à -0,4 %. Nouvelle-Aquitaine, juste derrière avec 82 829 apprentis, progresse de +2,3 %. Provence-Alpes-Côte d'Azur, cinquième région avec 79 715 apprentis, avance timidement de +0,3 %. Hauts-de-France, sixième avec 74 929 apprentis, recule légèrement de -1,4 %. Grand Est, septième avec 73 866 apprentis, s'en sort mieux avec une croissance de +1,2 %. Pays de la Loire, huitième région avec 66 878 apprentis, affiche la meilleure performance de tout le groupe de tête : +5,5 %.
Sur ces huit régions — les plus grosses du pays en volume — quatre sont en recul (Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie, Hauts-de-France) et quatre progressent (Nouvelle-Aquitaine, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Grand Est, Pays de la Loire), mais aucune des deux régions en tête n'est en croissance. C'est un premier indice qu'être « la région où l'alternance est la plus implantée » ne garantit rien sur la dynamique des nouveaux contrats — et que la taille du stock d'apprentis et la vigueur du flux de nouveaux contrats sont deux informations distinctes.
Ce jeu de données ne permet pas de dire pourquoi ce ralentissement touche en priorité les deux plus grandes régions : les données croisées ici couvrent uniquement les effectifs et la croissance des contrats, pas les causes économiques sous-jacentes. Plusieurs hypothèses restent ouvertes et mériteraient un jeu de données dédié pour être tranchées — un effet de rattrapage statistique après des années de très forte croissance dans ces mêmes régions, une saturation locale du nombre d'entreprises prêtes à recruter en alternance, ou une conjoncture sectorielle propre à l'Île-de-France et à Auvergne-Rhône-Alpes. Aucune de ces pistes n'est mesurée par ce dataset ; elles ne sont mentionnées ici que comme pistes de lecture, pas comme conclusions.
Ce second graphique reprend les 18 régions et DROM dans le même ordre que le premier (du plus grand effectif au plus petit) pour l'évolution des entrées en contrat. La ligne ne suit aucune tendance nette de gauche à droite — ce qui, visuellement, confirme déjà l'absence d'une relation simple et forte entre taille du bassin et dynamique de contrats, avant même de passer au calcul de corrélation dans la section dédiée plus bas.
Les cinq régions métropolitaines restantes
Les cinq régions métropolitaines les moins peuplées en apprentis suivent des trajectoires tout aussi contrastées, sans qu'aucune ne décroche un score extrême dans un sens ou dans l'autre. Voici le détail, région par région.
Normandie, avec 49 467 apprentis, progresse légèrement de +0,8 %. Bretagne, très proche avec 49 126 apprentis, avance de justesse à +0,2 %. Bourgogne-Franche-Comté, avec 36 392 apprentis, recule de -3,5 %. Centre-Val de Loire, avec 31 676 apprentis, progresse de +2,9 %. Corse, la plus petite région métropolitaine avec 2 865 apprentis, affiche la meilleure croissance de ce groupe de cinq régions : +4,3 %.
Sur ce groupe de cinq, trois progressent et deux reculent, avec des amplitudes bien plus modestes que celles observées sur les grandes régions du groupe précédent — aucune ne descend sous -3,5 % ni ne dépasse +4,3 %. Cette moindre amplitude est cohérente avec la dispersion mesurée sur l'ensemble des 13 régions métropolitaines : l'écart-type de leur croissance est de 4,1 points, contre 25,0 points pour les 5 DROM — la dynamique des contrats y est nettement plus dispersée qu'en métropole (voir section méthode et limites).

