Outre-mer : la vague est là, l'accueil suit tant bien que mal
Les quatre départements et régions d'outre-mer occupent sans surprise le haut du tableau du
besoin, et concentrent aussi les taux d'accueil les plus élevés de France — signe que l'accueil
suit au moins partiellement le niveau de besoin dans l'absolu. En Guyane, le taux de
non-insertion des 18-25 ans grimpe à 48,6 %, près
d'un jeune sur deux, pour un taux d'accueil de 6,4 %
: le plus haut niveau de besoin du pays reste couvert par un accueil proche de la moyenne nationale,
loin d'être proportionné à l'ampleur du problème. La Réunion affiche 38,8 %
de non-insertion pour 8,8 % d'accueil, la
Guadeloupe 34,2 % pour
7,8 %, et la Martinique, qui détient
le record national d'accueil avec 10,05 %, reste
confrontée à 33,2 % de
non-insertion. Dans les quatre cas, l'accueil dépasse largement la moyenne de métropole, sans
jamais rattraper l'écart de besoin : c'est la zone du pays où le service travaille le plus, et où il
reste le plus débordé.
Nord et Est industriels : le besoin est là, l'accueil suit à peine
Les Hauts-de-France affichent le taux de non-insertion le plus élevé de métropole, à
25,4 % en moyenne sur cinq départements,
pour un taux d'accueil de 5,5 % — à peine
au-dessus de la médiane nationale malgré un besoin nettement supérieur à la moyenne. Le Grand Est
suit un schéma comparable, avec 22,2 %
de non-insertion sur dix départements pour un accueil de 5,3 %,
tout juste sous la médiane. Ce sont dans ces deux régions que se trouve la plus forte concentration
de départements où le besoin dépasse nettement l'accueil visible — la Somme, l'Oise, le Haut-Rhin et
les Vosges y figurent tous, comme le détaille la section sur les onze départements les plus en
tension plus bas.
Occitanie et PACA : la moyenne cache un grand écart interne
Sur la façade méditerranéenne, la moyenne régionale masque des situations très contrastées.
L'Occitanie affiche un taux d'accueil moyen de 6,4 %
pour 23,3 % de non-insertion sur
treize départements — une moyenne honorable, tirée vers le haut par les Pyrénées-Orientales, seul
département à dépasser 9,6 % d'accueil pour
31,5 % de non-insertion et le record national
de non-diplômés parmi les accueillis (4,70 %). Deux
départements voisins de la même région, l'Ariège et le Gers, font au contraire partie des onze
territoires où l'accueil reste sous la médiane malgré un besoin supérieur à la médiane. Provence-Alpes-Côte
d'Azur présente un profil proche de l'Occitanie, avec 6,5 %
d'accueil pour 22,7 % de non-insertion. Dans
les deux régions, la moyenne régionale rassure ; le détail départemental, moins.
Île-de-France : Paris et la Seine-Saint-Denis, deux France
L'Île-de-France cumule la moyenne d'accueil la plus basse de métropole,
4,0 %, pour un besoin également parmi les plus
faibles du pays, 18,3 %. Mais cette moyenne
régionale recouvre deux réalités opposées. Paris cumule les deux records du bas : le taux d'accueil
le plus faible de France (2,58 %) et le taux de
non-insertion le plus faible de France (11,9 %) — un
département où le besoin mesuré est réellement limité, ce qui relativise le chiffre d'accueil. Les Hauts-de-Seine, juste à côté, suivent un profil très proche avec 2,66 % d'accueil pour un besoin également faible. La
Seine-Saint-Denis, à l'inverse, affiche un taux de non-insertion de
24,5 % — nettement au-dessus de la
médiane nationale — pour un taux d'accueil de 5,11 %,
tout juste sous cette même médiane. Le département compte 232 752
jeunes de 16 à 25 ans : à l'échelle de cette population, l'écart entre le besoin mesuré et l'accueil
mesuré ne porte pas sur une poignée de dossiers, mais sur plusieurs milliers de jeunes chaque année.
Grand Ouest : la France qui n'a presque pas besoin du dispositif
À l'autre bout du spectre, la Bretagne et les Pays de la Loire forment le bloc le plus favorisé du
pays sur les deux indicateurs à la fois. La Bretagne affiche 17,9 %
de non-insertion pour 4,9 % d'accueil ;
les Pays de la Loire descendent à 17,0 %
de non-insertion — le taux le plus bas de France — pour 4,1 %
d'accueil. Dans ces deux régions, l'accueil est bas, mais le besoin l'est tout autant : contrairement
au cas des Hauts-de-France ou du Grand Est, le faible niveau d'accueil ne traduit pas ici un
sous-service, mais un contexte local moins tendu.
Onze départements où le besoin dépasse l'accueil visible
En croisant les deux médianes nationales déjà établies plus haut — 5,30 %
pour l'accueil et 21,5 % pour la
non-insertion — onze départements se retrouvent au-dessus de la médiane de besoin tout en restant
sous la médiane d'accueil : 11 au total, avec un taux
d'accueil moyen de seulement 5,03 %
sur ce groupe. On y retrouve l'Ardèche, l'Ariège, l'Eure, l'Eure-et-Loir, le Gers, l'Oise, le
Haut-Rhin, la Seine-Maritime, la Somme, les Vosges et la Seine-Saint-Denis. Aucun de ces
départements n'est un cas extrême pris isolément — ce ne sont ni les DOM ni les zones rurales les
plus enclavées — ce qui est justement le signal le plus utile : ce sont des territoires de taille
moyenne, ni médiatisés pour leur détresse sociale ni identifiés comme prioritaires, où le service
public de l'insertion touche structurellement moins sa cible que dans le reste du pays.
Accueil et besoin : un lien réel, mais loin d'être automatique
À l'échelle des 100 départements, le taux d'accueil et le taux de non-insertion sont bien
corrélés positivement (r = 0,68) :
en moyenne, plus un département compte de jeunes non insérés, plus son taux de premier accueil est
élevé. Le lien est encore plus net entre l'accueil et la part de non-diplômés parmi les accueillis
(r = 0,88), ce qui est en partie
mécanique : les deux indicateurs viennent de la même base I-Milo et du même public suivi. Le lien
entre non-insertion et non-diplômés est plus modéré (r = 0,55) —
autrement dit, un fort taux de non-insertion départemental ne s'accompagne pas systématiquement d'un
public accueilli particulièrement peu diplômé, les deux phénomènes se recoupant sans se confondre.
Un coefficient de 0,68 traduit un lien réel mais imparfait : plusieurs départements s'écartent
nettement de la tendance générale, sans que ce seul coefficient permette d'en chiffrer la proportion. Le lien
entre besoin et accueil existe à l'échelle nationale, mais il n'a rien d'un mécanisme automatique département par département. Cette corrélation ne dit
rien des causes de cet écart — budget de la mission locale, densité du réseau de conseillers,
politique locale de repérage des jeunes invisibles, ou tout autre facteur non mesuré ici : les
données croisées dans cette étude ne permettent pas de trancher entre ces explications, seulement de
localiser où l'écart existe.
Ce que ça change, concrètement
Si vous êtes un jeune de 16 à 25 ans sans emploi ni formation, ce que ces chiffres montrent
surtout, c'est que l'accès à une mission locale dépend en partie de votre département — pas
seulement de votre situation personnelle. Dans un territoire où l'accueil reste sous la médiane
malgré un besoin élevé (la liste des onze départements ci-dessus), le rendez-vous en mission locale
peut être plus difficile à obtenir rapidement : cela ne veut pas dire qu'il faut renoncer à
solliciter le dispositif, mais que vous avez intérêt à explorer les canaux en parallèle plutôt que
d'attendre uniquement ce rendez-vous. Vous pouvez comparer dès maintenant les offres d'emploi et
d'alternance de votre région sur le hub emploi de StudyShare, sans passer par
un accueil physique.
Méthode, sources et limites
- N = 100 départements, données 2022 pour les trois taux (accueil, non-diplômés,
non-insertion) et millésime de population 2023, croisées par jointure sur le code département via
le CLI
stats:join.
- Deux collecteurs indépendants : la Dares (base I-Milo, traitement Dares) pour
le taux d'accueil et la part de non-diplômés parmi les accueillis ; l'Insee (recensement de la
population) pour le taux de non-insertion et la population par tranche d'âge. Ce ne sont pas deux
extractions du même producteur : c'est la condition qui permet de comparer les deux séries sans
qu'elles se valident artificiellement l'une l'autre.
- Décalage de tranche d'âge : le taux d'accueil et la part de non-diplômés
portent sur les 16-25 ans, le taux de non-insertion sur les 18-25 ans. Les deux populations se
recoupent largement mais ne sont pas identiques — un département avec une forte proportion de
16-17 ans en apprentissage ou en lycée professionnel peut voir ses deux indicateurs bouger pour des
raisons différentes de la seule qualité du service d'insertion.
- Corrélation, pas causalité. Les coefficients de Pearson rapportés
(r = 0,68,
r = 0,88,
r = 0,55) décrivent une
association statistique entre deux séries départementales, pas un mécanisme causal. Un département
avec un taux d'accueil supérieur à la médiane n'est pas nécessairement mieux géré qu'un département
en dessous : la comparaison entre deux territoires non assignés au hasard à leur niveau de besoin
reste observationnelle, et peut recouvrir des différences de moyens, de densité de conseillers ou de
politique de repérage que ce jeu de données ne permet pas de mesurer.
- Ce que l'étude ne prouve pas. Elle ne mesure pas la qualité de l'accompagnement
une fois le jeune accueilli, ni le nombre de jeunes en demande de rendez-vous mais non reçus faute de
place (les listes d'attente ne sont pas publiques dans ce jeu de données), ni l'effet du CEJ sur
l'insertion réelle des jeunes suivis. Le concept de « métrique de captation » — premiers accueils
rapportés au nombre absolu de jeunes non insérés du département — envisagé au départ de cette étude
n'a pas pu être calculé : il aurait fallu multiplier chaque taux par sa population de référence pour
obtenir un nombre absolu de jeunes accueillis et de jeunes non insérés, une opération que l'outillage
déterministe de cette étude ne fournit pas encore. Les deux taux sont donc comparés directement,
plutôt que convertis en un ratio absolu inédit.
- Sources primaires : Dares, traitement de la base I-Milo des missions locales,
publié dans le panorama Drees n°631 ; Insee, recensement de la population, millésime 2023, via
l'API Melodi. Liens exacts en fin d'article.
Questions fréquentes
Jusqu'à quel âge peut-on s'inscrire en mission locale ?
Les missions locales accueillent en priorité les 16-25 ans sortis du système scolaire, la
tranche d'âge sur laquelle porte le taux de premier accueil 5,58 %
mesuré dans cette étude. Certaines situations particulières (reconnaissance de travailleur
handicapé notamment) permettent un suivi au-delà de 25 ans, mais le cœur du public reste cette
tranche d'âge.
Le Contrat d'engagement jeune passe-t-il obligatoirement par une mission locale ?
Non : le CEJ est piloté soit par une mission locale, soit par France Travail, selon le profil du
jeune et son parcours antérieur. La mission locale reste toutefois la porte d'entrée la plus
fréquente pour les jeunes les plus éloignés de l'emploi, ce qui explique pourquoi son taux de
premier accueil — 5,30 % en médiane nationale —
concentre l'attention de ce panorama plutôt que le dispositif dans son ensemble.
Quelle est la rémunération du Contrat d'engagement jeune ?
Le CEJ prévoit une allocation mensuelle dont le montant dépend des ressources du jeune et de sa
situation (avec ou sans enfant à charge, âge). Cette allocation n'entre pas dans les indicateurs
croisés ici : cette étude mesure l'accès au premier accueil qui ouvre la voie au CEJ, pas les
montants versés une fois le contrat signé — les deux informations relèvent de sources différentes.
Pourquoi le taux d'accueil ne suit-il pas toujours le taux de non-insertion ?
Parce que le lien entre les deux, bien que réel (r = 0,68
sur 100 départements), n'est pas mécanique : la densité de conseillers, le budget local ou la
politique de repérage des jeunes qui ne sollicitent spontanément aucun dispositif pourraient aussi jouer un rôle — mais aucune donnée croisée dans cette étude ne permet de le confirmer.
Onze départements, dont la Seine-Saint-Denis, cumulent ainsi un besoin supérieur à la médiane
nationale et un accueil resté sous cette même médiane.
Combien de jeunes sont considérés comme « NEET » (ni en emploi, ni en formation) en France ?
Cette étude ne porte pas sur un chiffre national unique mais sur sa déclinaison départementale :
la part de 18-25 ans non insérés varie de 11,9 % à
Paris à 48,6 % en Guyane, pour une moyenne nationale
de 21,7 % sur les 100 départements couverts par
cette édition du panorama Drees.
Sources
- Dares, base I-Milo des missions locales — taux de premier accueil des 16-25 ans, panorama Drees n°631, 2022
- Dares, base I-Milo des missions locales — part de non-diplômés parmi les 16-25 ans primo-accueillis, panorama Drees n°631, 2022
- Insee (recensement de la population), traitement Drees — part des 18-25 ans non insérés, panorama n°631, 2022
- Insee, API Melodi — population des 16-25 ans par département, recensement de la population, millésime 2023