Ce que mesurent ces chiffres
La réforme de la contemporanéisation des APL, entrée en vigueur en janvier 2021, a changé la façon dont la CAF calcule l'aide au logement : le calcul se fait désormais sur les revenus des douze derniers mois glissants, et non plus sur ceux d'il y a deux ans. Pour un étudiant qui commence à travailler, qui touche une bourse variable d'une année sur l'autre, ou qui décroche une alternance, ce changement de base de calcul peut faire bouger le montant versé du jour au lendemain — et, potentiellement, faire sortir des foyers entiers du dispositif si leurs ressources dépassent le nouveau seuil. Cinq ans après, il devient possible de mesurer ce qui s'est réellement passé, département par département, pour les étudiants boursiers et pour les étudiants non boursiers pris séparément.
Le sujet dépasse la seule mécanique administrative. L'aide au logement reste, pour une partie significative des étudiants, la différence entre un budget qui tient et un budget qui craque au premier imprévu — une panne, un dépôt de garantie, une caution parentale qui ne vient pas. Un débat public s'est installé ces derniers mois autour d'un projet distinct porté par le PLF 2026, qui viserait à réserver l'APL aux étudiants étrangers boursiers d'un programme français. Ce projet-là concerne la nationalité et un statut de bourse internationale, une variable que les données CNAF et SIES croisées ici ne renseignent pas. Ce que cet article peut en revanche mesurer précisément, c'est l'évolution du dispositif tel qu'il existe aujourd'hui pour les deux catégories que la CNAF distingue elle-même : boursier (bourse sur critères sociaux française) et non boursier.
Un point de méthode avant les chiffres, parce qu'il conditionne toute leur lecture : les données SIES sur les effectifs étudiants ne distinguent pas les boursiers des non-boursiers — un même effectif total sert de dénominateur aux deux séries. Le taux calculé ici pour les boursiers n'est donc pas « la part des boursiers qui touchent une aide au logement », mais « la part de l'ensemble des étudiants inscrits qui touchent une aide au logement au titre du statut boursier ». Même chose pour les non-boursiers. Les deux taux se lisent en miroir l'un de l'autre, pas comme des taux internes à chaque sous-population : c'est la métrique la plus précise que l'on peut construire avec les données publiques disponibles, ni plus, ni moins. Le croisement s'appuie sur deux producteurs de données indépendants — la CNAF (foyers aidés et montants versés, par département et statut étudiant, snapshot de décembre) et le MESR-SIES (effectifs d'étudiants inscrits, par département et rentrée) — joints sur le département et l'année. Les 100 départements suivis sur cinq rentrées (2020 à 2024) et deux statuts couvrent 1 000 lignes exploitées pour les agrégats nationaux et les classements de cet article.
Pour aller plus loin, consultez notre guide complet Finance étudiante.
Un recul partagé entre boursiers et non-boursiers
Premier résultat, et il nuance l'hypothèse de départ : ce n'est pas seulement une catégorie qui recule, ce sont les deux — mais pas au même rythme. En 2020, 1,70 % de l'ensemble des étudiants inscrits touchaient une aide au logement au titre du statut « boursier ». En 2024, ce taux est tombé à 1,55 %, soit un recul de 8,8 % en proportion relative, et de 0,15 point en valeur absolue. Le repli n'est pas linéaire : le gros de la baisse a lieu entre 2020 et 2021 (l'année d'entrée en vigueur de la contemporanéisation), avant une stabilisation puis un léger rebond en 2024.
Côté non-boursiers, le recul existe aussi, mais il est près de deux fois et demi plus faible en proportion : le taux national passe de 1,92 % en 2020 à 1,85 % en 2024, soit -3,5 % en relatif et -0,07 point en absolu. Autrement dit, à l'échelle nationale, ce sont bien les boursiers qui ont vu leur couverture se dégrader le plus fortement depuis la réforme — l'inverse de l'intuition qui a motivé cet article, où l'on s'attendait à ce que les non-boursiers modestes soient les grands perdants silencieux du dispositif. Ce constat national ne clôt pas le débat : il sera nuancé plus bas, département par département, où certains non-boursiers locaux encaissent au contraire les plus fortes chutes du dataset.
Voir aussi notre guide complet : Guide finance : réviser le droit des sociétés au CFA.
Des foyers en moins dans une population étudiante en hausse
Ce recul se retrouve dans les effectifs bruts, pas seulement dans un taux. Le nombre de foyers boursiers aidés au logement en décembre est passé de 98 324 en 2020 à 93 479 en 2024, soit 4 845 foyers de moins alors même que la population étudiante totale a augmenté sur la période. La baisse n'est donc pas un effet mécanique d'un vivier de boursiers qui aurait rétréci : le nombre total d'étudiants inscrits dans les 100 départements suivis est passé de 5 774 398 en 2020 à 6 017 450 en 2024, soit une hausse de 4,2 %, pendant que le nombre de foyers boursiers aidés reculait. Deux courbes qui divergent, ce n'est jamais un hasard statistique à ignorer.
Chez les non-boursiers, la photographie est presque inverse sur ce point précis : le nombre de foyers aidés progresse légèrement, de 110 783 en 2020 à 111 392 en 2024, soit 609 foyers de plus. Mais cette hausse (+0,5 % en valeur absolue) reste très en retrait de la hausse de la population étudiante totale sur la même période (+4,2 %) — ce qui explique mécaniquement pourquoi le taux non-boursier recule légèrement (-3,5 %) même si le nombre brut de foyers aidés, lui, ne baisse pas : le dénominateur grossit plus vite que le numérateur.
