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Un enfant placé à l'aide sociale à l'enfance (ASE) fêtait longtemps ses 18 ans de la même façon partout en France : la mesure de protection s'arrêtait, souvent du jour au lendemain, avec ou sans logement, avec ou sans revenu. On appelle ça une « sortie sèche ». La loi du 7 février 2022 dite « loi Taquet » a voulu y mettre fin en obligeant les départements à proposer un accompagnement jusqu'à 21 ans aux jeunes majeurs sortant de l'ASE. Sur le papier, la bascule est nette. Dans les chiffres, elle l'est beaucoup moins. En croisant les données DREES de l'aide sociale à l'enfance pour 2021 (avant la loi) et 2024 (données définitives, après la loi) avec les estimations de population de l'INSEE, on peut vérifier, département par département, si les prises en charge des 18-21 ans ont réellement suivi.
Ce que change (sur le papier) la loi Taquet
Avant 2022, l'accompagnement après 18 ans existait déjà sous forme de « contrat jeune majeur », mais il restait à la discrétion de chaque conseil départemental : durée, montant, critères d'éligibilité variaient d'un territoire à l'autre, et rien n'obligeait à le proposer. La loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants change la nature de l'obligation sur deux points précis : un entretien de préparation à l'autonomie doit être organisé un an avant la majorité, et surtout, l'aide aux jeunes majeurs devient un droit que le département ne peut plus refuser à un ancien enfant placé qui n'a ni ressources ni logement stable. L'objectif affiché est de faire disparaître la coupure brutale à 18 ans qui plaçait une partie de ces jeunes directement dans la rue, sans les filets familiaux dont bénéficie la majorité des 18-21 ans en France. Deux ans de recul (2022-2024) et deux photographies nationales (2021, 2024) permettent une première vérification empirique, département par département, pas seulement sur la base des intentions du texte.
Le national : un flux qui grossit, une réponse qui stagne
Premier chiffre à poser : le nombre total d'enfants confiés à l'ASE (tous âges) est passé de 188 231 en 2021 à 206 755 en 2024, soit une hausse de 9,84 %. Le système absorbe donc mécaniquement plus d'enfants qu'il y a trois ans. Mais le signal le plus utile pour juger la loi Taquet est ailleurs : celui des enfants confiés à 16-17 ans, c'est-à-dire ceux qui vont franchir le cap de la majorité dans l'année ou les deux ans qui suivent. Ce groupe est passé de 38 031 jeunes en 2021 à 47 142 en 2024 : une progression de 23,96 %, presque deux fois et demie plus rapide que celle de l'ensemble des enfants confiés.
Si la loi Taquet avait vraiment mis fin aux sorties sèches, on s'attendrait à voir les mesures d'accompagnement des 18-21 ans (jeunes confiés au-delà de 18 ans, plus les jeunes suivis en aide éducative à domicile jeune majeur) progresser au moins aussi vite que ce flux entrant. C'est l'inverse qui se produit : cumulée au niveau national, cette mesure composite passe de 37 114 en 2021 à 36 180 en 2024, soit un recul de 2,52 %. Regardé isolément, le seul dispositif d'aide éducative à domicile pour jeune majeur (AED jeune majeur, souvent utilisé pour un accompagnement plus léger que le maintien en placement) suit la même pente : 3 633 mesures en 2021, 3 568 en 2024, soit -1,79 %. Autrement dit, le vivier de jeunes qui vont avoir besoin d'un accompagnement post-majorité a grossi d'un quart en trois ans, pendant que le nombre de mesures effectivement déployées pour les 18-21 ans est resté quasi stable, voire a légèrement reculé.
La dispersion entre départements est elle-même très large : sur la mesure composite jeunes majeurs, l'écart-type inter-départemental atteint 409,3 en 2021, pour une valeur minimale de 5 (Hautes-Alpes) et un maximum de 2 186 (Seine-Saint-Denis) la même année. Ce n'est pas un bruit statistique : cela reflète des choix d'organisation très différents d'un département à l'autre, certains privilégiant le maintien en placement au-delà de 18 ans, d'autres l'AED jeune majeur, d'autres encore quasiment aucun des deux dispositifs recensés dans cette enquête.
Le tableau national masque un contraste net entre l'outre-mer et la métropole. En regroupant les cinq départements ultramarins couverts par le jeu de données (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte) face aux 96 départements métropolitains, la mesure composite jeunes majeurs progresse outre-mer, de 991 en 2021 à 1 084 en 2024, soit +9,38 %, quand elle recule en métropole, de 36 123 à 35 096, soit -2,84 %.
Ce contraste est d'autant plus frappant que la pression sur le système est structurée à l'inverse : le nombre d'enfants confiés à 16-17 ans grimpe de 24,46 % en métropole (de 37 023 à 46 079) contre seulement 5,46 % outre-mer (de 1 008 à 1 063). L'outre-mer, confronté à une pression entrante bien plus modérée, est le seul bloc territorial où la réponse en mesures jeunes majeurs a progressé plus vite que le flux de jeunes bientôt majeurs. Cela ne dit rien de la qualité de l'accompagnement délivré ni des moyens humains réellement mobilisés par mesure, seulement du volume de mesures recensées par la DREES.
Département par département : de fortes disparités
Le national agrège des trajectoires très hétérogènes. La Seine-Saint-Denis, département en tension budgétaire chronique et souvent cité pour ses difficultés de recrutement en protection de l'enfance, affiche la baisse la plus marquée du jeu de données parmi les grands départements : la mesure composite jeunes majeurs y passe de 2 186 en 2021 à 1 630 en 2024, soit -25,43 %, alors même que le nombre total d'enfants confiés y augmente légèrement, de 5 319 à 5 444 (+2,35 %). La Gironde suit une trajectoire comparable, quoique moins abrupte : de 1 476 à 1 258 mesures jeunes majeurs (-14,77 %), pour un total d'enfants confiés qui, lui, continue de croître (+5,11 %, de 5 187 à 5 452).
Paris recule aussi, plus modérément : de 1 813 à 1 766 mesures (-2,59 %), un niveau qui en fait paradoxalement le département recensant le plus de mesures jeunes majeurs en 2024 sur l'ensemble du jeu de données. Le Nord, département au volume d'aide sociale à l'enfance le plus élevé de France, reste quasiment stable : 1 715 puis 1 710 mesures (-0,29 %). À l'opposé, la Haute-Garonne (1 131 à 1 138, +0,62 %) et les Bouches-du-Rhône (1 249 à 1 260, +0,88 %) affichent une quasi-stabilité légèrement positive.
Deux cas isolés méritent d'être cités pour leur ampleur, en gardant à l'esprit qu'ils portent sur des volumes faibles où un petit nombre de dossiers pèse lourd en pourcentage. La Réunion passe de 193 à 280 mesures jeunes majeurs, soit +45,08 %, la plus forte progression relative de tout le jeu de données parmi les départements de taille significative. À l'inverse, les Hautes-Alpes, département rural et peu peuplé, passent de 5 mesures composites en 2021 à 0 en 2024 (-100 %) : un département qui, sur cette mesure précise, ne recensait déjà presque rien avant la loi et n'y recense plus rien du tout après. La Guadeloupe, elle, reste globalement stable (175 à 178, +1,71 %).
Ce que ces trajectoires ont en commun, c'est qu'elles ne dépendent visiblement pas d'un seul facteur national : deux départements avec une pression démographique comparable peuvent afficher une évolution opposée. Cela pointe vers des choix de gestion locaux — arbitrages budgétaires, doctrine départementale sur le type de mesure privilégié, tension sur le recrutement des travailleurs sociaux — plutôt que vers une application uniforme du texte de loi sur tout le territoire. Pour le jeune qui sort de l'ASE, ce sont précisément ces choix locaux, et non la lettre de la loi nationale, qui déterminent s'il aura ou non un accompagnement à sa majorité. Le moment où cet accompagnement s'arrête est aussi celui où il doit se constituer un CV et chercher un premier emploi ou une alternance sans le réseau familial sur lequel s'appuient la plupart des étudiants ; des ressources comme le hub emploi de StudyShare, qui centralise offres d'alternance et repérage des entreprises qui recrutent, peuvent compenser en partie l'absence de ce réseau au moment précis où l'accompagnement institutionnel se termine.
Le financement : ce que dit la comptabilité départementale
Les effectifs DREES racontent une partie de l'histoire ; la dépense départementale en raconte une autre, avec un producteur totalement différent — la comptabilité publique plutôt que la statistique sociale. Ce dossier croise un second collecteur, indépendant de la DREES : l'Observatoire des finances et de la gestion publique locales (OFGL), qui agrège les comptes DGFiP des départements sur la fonction budgétaire dédiée à l'aide sociale à l'enfance. Sur les 101 départements du jeu de données, 90 disposent d'une ligne comptable exploitable pour l'exercice 2024 ; la dépense de fonctionnement ASE par habitant y varie de 0,11 € (Hautes-Alpes) à 248,04 € (Meuse), pour une moyenne de 138,63 € et une médiane de 146,89 €. L'écart-type, 60,05 €, confirme ce que montre le nuage de valeurs : deux départements peuvent afficher un rapport de un à dix sur ce seul indicateur budgétaire.
Deuxième valeur la plus basse du classement, la Corrèze dépense 3,18 € par habitant sur cette ligne budgétaire ; à l'autre extrémité, la Nièvre suit la Meuse de près avec 247,49 €. Le cas des Hautes-Alpes, quasi nul (0,11 € par habitant), est cohérent avec la donnée brute telle que transmise par le département à la DGFiP : il peut refléter un choix de nomenclature comptable locale — une dépense imputée à une autre ligne budgétaire — plutôt qu'un budget ASE réellement proche de zéro ; ce dossier rapporte la donnée telle qu'elle existe dans la source, sans la corriger.
Est-ce que dépenser plus se traduit par plus de jeunes réellement accompagnés ? La corrélation entre la dépense de fonctionnement ASE par habitant en 2024 et le nombre de jeunes de 18 ans et plus encore confiés au département la même année est positive mais faible : r = 0,24 sur les 90 départements disposant des deux mesures. Un département qui inscrit davantage d'argent sur cette ligne budgétaire n'est donc que faiblement plus susceptible de maintenir plus de jeunes majeurs en prise en charge — l'essentiel de l'écart entre départements se joue ailleurs que dans le seul montant affiché en comptabilité : arbitrages sur le type de mesure (placement contre AED), doctrine locale, tension de recrutement des travailleurs sociaux déjà évoquée plus haut. Il s'agit d'une corrélation faible entre des groupes de départements non constitués au hasard, pas d'une preuve que l'argent ne compte pas : elle indique seulement que la dépense affichée n'explique qu'une petite part de la variance observée sur les effectifs.
La croissance du flux n'explique pas tout
On pourrait supposer que les départements qui voient arriver le plus de futurs majeurs (beaucoup d'enfants confiés à 16-17 ans en 2021) sont ceux qui ont le plus renforcé leurs mesures jeunes majeurs d'ici 2024, par simple effet mécanique de rattrapage. Les données ne confirment pas cette hypothèse : la corrélation entre le nombre de jeunes confiés à 16-17 ans en 2021 et la variation des mesures jeunes majeurs entre 2021 et 2024, calculée sur les 101 départements, est quasi nulle (r = -0,12). Un département qui voit venir davantage de futurs majeurs n'est statistiquement ni plus ni moins susceptible d'avoir renforcé son dispositif — c'est une corrélation, pas une causalité, et la comparaison porte sur des départements qui n'ont pas été choisis au hasard mais qui présentent des profils socio-économiques et budgétaires très différents, ce qui peut masquer ou produire des associations sans lien de cause à effet.
Deuxième test : les départements qui avaient déjà, en 2021, le plus de mesures jeunes majeurs affichent une corrélation négative modérée avec leur variation ultérieure (r = -0,49). Les départements partis d'un niveau élevé ont eu tendance à reculer davantage (ou à progresser moins) que ceux partis d'un niveau bas — un effet de retour à la moyenne assez classique en statistique territoriale, qui peut aussi refléter un plafond de capacité déjà atteint dans les départements les plus mobilisés dès 2021. Là encore, il s'agit d'une association observée sur des groupes non comparables entre eux, pas d'un effet démontré de la loi elle-même.
Troisième test, le plus parlant : la variation du nombre total d'enfants confiés (tous âges) entre 2021 et 2024 est corrélée positivement, de façon modérée, à la variation des mesures jeunes majeurs sur la même période (r = 0,39). Autrement dit, les départements où l'ensemble du dispositif de protection de l'enfance s'est développé sont aussi, en moyenne, ceux où l'accompagnement des jeunes majeurs a le mieux progressé — ce qui suggère que l'évolution des mesures jeunes majeurs suit davantage la trajectoire budgétaire et organisationnelle globale d'un département que l'application spécifique et ciblée de la loi Taquet. Une fois de plus, une corrélation de cette nature n'établit aucun lien de causalité : elle est cohérente avec plusieurs explications (plus de moyens partout, meilleur repérage des jeunes majeurs dans les départements en croissance générale, ou seuils administratifs communs), que ce jeu de données ne permet pas de départager.
Concrètement, pour un jeune actuellement suivi par l'ASE et qui approche de sa majorité, ce que ces trois résultats disent est le suivant : le département de résidence pèse au moins autant que le simple fait que la loi Taquet existe. Se renseigner tôt — dès l'entretien de préparation à l'autonomie prévu un an avant la majorité — sur le contrat jeune majeur effectivement proposé par son département, et ne pas attendre l'échéance des 18 ans pour engager les démarches, reste le levier le plus concret que ces chiffres suggèrent, puisque la loi crée un droit mais que son application dépend visiblement de la mise en œuvre locale plus que d'un mécanisme automatique. Se doter en amont d'un CV structuré, par exemple via le générateur de CV de StudyShare, permet d'aborder cette transition avec un outil de recherche d'emploi ou d'alternance déjà prêt, plutôt que de le découvrir au moment où l'accompagnement s'arrête.
Méthode et limites
Le jeu de données croise trois collecteurs indépendants : la DREES (enquête Aide sociale, fichiers annuels par département, années 2021 et 2024 — données définitives) pour les effectifs d'enfants confiés et de mesures d'aide éducative à domicile, l'INSEE (Melodi, DS_ESTIMATION_POPULATION) pour les estimations de population par tranche d'âge et département, utilisées pour situer chaque département sur le plan démographique, et l'OFGL (comptabilité DGFiP des départements, fonction budgétaire « Aides sociales à l'enfance ») pour la dépense de fonctionnement ASE par habitant, un producteur distinct de la DREES (comptabilité publique et non statistique sociale), disponible pour 90 des 101 départements en 2024 seulement. La jointure principale DREES x INSEE porte sur 101 départements (96 métropolitains, 5 ultramarins — Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte), observés à deux dates, 2021 et 2024, soit 202 lignes au total dans le jeu de données.
Le fichier DREES 2025 (données provisoires) ne publie que trois tableaux nationaux, sans détail par département : il est donc impossible de vérifier si les tendances 2021-2024 se poursuivent en 2025 au niveau territorial, seule l'année 2024 permet une comparaison département par département après l'entrée en vigueur de la loi.
Les estimations de population INSEE utilisées ne distinguent que des tranches quinquennales (15-19 ans, 20-24 ans) : aucune tranche « 18-20 ans » n'existe dans la source, ce qui a empêché le calcul d'un taux de mesures pour mille jeunes de cet âge précis, initialement envisagé pour ce dossier.
Pour la même raison méthodologique, aucun taux de maintien (rapport entre mesures jeunes majeurs et enfants confiés à 16-17 ans) n'est publié dans cet article : l'outil de calcul déterministe utilisé pour tous les chiffres de ce dossier ne dispose pas encore d'une fonction de ratio/taux, seulement de sommes, moyennes, taux de croissance, regroupements et corrélations. Plutôt que d'estimer ce ratio à la main, ce qui romprait la chaîne de traçabilité du dossier, il n'est pas publié : seuls les effectifs bruts et leurs taux de croissance, tous deux directement calculables, sont utilisés.
La ligne comptable OFGL (dépense de fonctionnement ASE par habitant) n'est disponible que pour l'exercice 2024, et seulement pour 90 des 101 départements du jeu de données : aucune valeur OFGL n'existe pour 2021 dans les sources collectées, ce qui exclut d'emblée toute comparaison dans le temps sur cet indicateur financier — seule la photographie 2024 est publiée ici.
« Mesures jeunes majeurs » désigne ici la somme de deux catégories DREES distinctes (enfants confiés à 18 ans et plus, et aide éducative à domicile jeune majeur) qui recouvrent des réalités d'accompagnement différentes et que chaque département peut mobiliser dans des proportions très inégales ; additionner les deux donne une vision d'ensemble du volume de mesures, pas une mesure homogène de l'intensité d'accompagnement par jeune.
Toutes les comparaisons entre groupes de départements (outre-mer/métropole, département A contre département B, niveau initial contre évolution) sont des comparaisons observationnelles entre groupes non constitués au hasard : elles décrivent des associations statistiques, jamais des relations de cause à effet, et peuvent refléter des différences préexistantes entre départements plutôt qu'un effet de la loi elle-même.
L'étude ne mesure pas l'expérience vécue par les jeunes majeurs (qualité de l'accompagnement, montant réel de l'allocation perçue, taux de rupture de contrat en cours de route) : elle mesure des volumes de mesures recensées par la DREES, ce qui est une proxy de l'activité administrative, pas de l'impact humain de la loi.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la loi Taquet de 2022 ?
La loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, dite loi Taquet, transforme l'aide aux jeunes majeurs sortant de l'ASE en un droit que les départements ne peuvent plus refuser aux jeunes sans ressources ni logement stable, et impose un entretien de préparation à l'autonomie un an avant la majorité. Les données 2021-2024 montrent que son application reste toutefois très inégale d'un département à l'autre : au niveau national, les mesures jeunes majeurs ont même reculé de 2,52 % sur la période, malgré la loi.
Jusqu'à quel âge un contrat jeune majeur ASE peut-il durer ?
Le contrat jeune majeur peut, sur le principe posé par la loi Taquet, courir jusqu'aux 21 ans du jeune. Sa durée effective et les conditions de renouvellement restent en revanche fixées par chaque département, ce que confirment les écarts observés dans ce dossier : certains départements, comme la Seine-Saint-Denis (-25,43 %) ou la Gironde (-14,77 %), ont vu leur volume de mesures reculer sur la période, quand d'autres, comme La Réunion (+45,08 %), l'ont fortement développé.
Quel est le montant de l'allocation jeune majeur ASE ?
Ce dossier, construit à partir des enquêtes DREES et INSEE sur les effectifs pris en charge, ne mesure pas les montants versés aux jeunes majeurs : il compte des mesures (enfants confiés, aide éducative à domicile), pas des euros. Le montant du contrat jeune majeur est fixé département par département et n'entre pas dans le périmètre des deux sources croisées ici.
L'aide sociale à l'enfance continue-t-elle après 18 ans ?
Oui, sur le principe, depuis la loi Taquet, et cela reste vrai en pratique dans la majorité des départements étudiés ici : sur les neuf départements détaillés dans ce dossier, cinq affichent un nombre de mesures jeunes majeurs stable (variation inférieure à 1 %) ou en hausse entre 2021 et 2024. Mais la baisse nationale de 2,52 % et les reculs marqués de plusieurs grands départements montrent que la continuité n'est pas garantie partout de la même façon.
Les anciens enfants placés sont-ils surreprésentés parmi les personnes sans domicile ?
Cette question revient régulièrement dans le débat public sur le sans-abrisme des jeunes, mais ce dossier ne peut ni la confirmer ni l'infirmer : il ne croise que des données d'activité de l'aide sociale à l'enfance et de démographie, pas des données sur le logement ou l'hébergement d'urgence. Ce que ce dossier peut dire, en revanche, c'est que le nombre d'enfants approchant la majorité au sein de l'ASE a augmenté beaucoup plus vite (+23,96 %) que le nombre de mesures d'accompagnement post-majorité déployées (-2,52 %) entre 2021 et 2024, ce qui interroge la capacité du système à absorber ce flux croissant au moment précis où le risque de rupture est le plus élevé.
Permis B : le vrai clivage n'est pas la mobilité, c'est l'outre-mer
On a croisé le taux de réussite au permis B par département avec la mobilité professionnelle des jeunes actifs. La corrélation attendue n'existe presque pas (r=0,07) — le vrai fossé est entre métropole et outre-mer, et c'est l'accès à l'examen, pas la distance parcourue, qui pèse le plus.