Le repas à tarif social existe partout sur le papier, pas sur le terrain
Le Cnous promet un repas à tarif social dans un restaurant universitaire, avec un tarif encore réduit pour les boursiers. C'est une promesse nationale, affichée comme identique partout en France. Mais une promesse nationale suppose un point de restauration à proximité — et sur ce point précis, la carte du réseau Crous est trouée. Rapporté département par département au nombre d'étudiants boursiers qui touchent une aide au logement, le maillage des restaurants et cafétérias universitaires laisse des zones entières sans aucun point identifié, et d'autres où un seul point absorbe la demande de centaines de boursiers. L'aide alimentaire publique existe sur le papier ; elle n'existe pas partout sur place.
Ce que la carte des points Crous ne dit pas au premier regard
Le jeu de données national du Cnous recense 979 lignes de restauration universitaire — restaurants, cafétérias, brasseries et points de vente annexes confondus. Une seule de ces lignes n'a pas pu être rattachée à un département faute de coordonnées exploitables (une cafétéria d'UFR santé géolocalisée à zéro), ce qui laisse 978 points effectivement résolus à l'un des 102 départements et collectivités d'outre-mer du référentiel. Sur ce total, 91 départements comptent au moins un point de restauration Crous. Les onze restants — dix départements métropolitains et une collectivité d'outre-mer, Saint-Martin — n'en ont aucun.
« Point de restauration » recouvre des réalités très différentes selon le lieu : sur les 979 lignes brutes du Cnous, 420 sont des cafétérias, 357 des restaurants universitaires classiques, 82 des « restaurants agréés » (établissements privés conventionnés) et le reste se partage entre brasseries, foodtruck, kiosques et autres formats annexes. Autrement dit, la cafétéria — généralement plus petite et aux horaires souvent plus réduits qu'un restaurant universitaire classique, même si cette étude ne mesure ni la taille ni les horaires — est le format le plus fréquent du réseau, ce qui nuance à la baisse la portée réelle d'un « point » compté brut dans cette étude : deux départements affichant le même nombre de points n'offrent pas forcément la même capacité d'accueil aux heures de repas. Le total des boursiers allocataires rattachés à un département et recensés par la Cnaf en février 2026 monte à 198 587.
Le Crous, ce n'est pas que la cantine : c'est aussi le logement étudiant, et un étudiant qui cherche une chambre peut consulter le portail logement étudiant de StudyShare, souvent implanté dans les mêmes zones universitaires (cette étude n'a pas mesuré le recouvrement précis des deux réseaux).
Sur les 91 départements pourvus, la répartition est très inégale. La moitié d'entre eux n'ont que 6 points de restauration ou moins, quand le département le mieux doté, Paris, en compte 71. L'écart-type du nombre de points parmi ces 91 départements atteint 11,8, presque le double de la médiane de 6 : c'est la signature statistique d'une distribution très inégale, tirée vers le haut par une minorité de départements largement équipés plutôt que répartie régulièrement sur le territoire. Cette inégalité n'est pas seulement une question de nombre d'établissements : elle recoupe directement le nombre d'étudiants boursiers qui, eux, sont bel et bien présents sur le territoire. Sur ces mêmes 91 départements, le total des boursiers allocataires d'une aide au logement atteint 197 246, avec une médiane de 875 boursiers par département et une moyenne tirée vers le haut, à environ 2 168, par une poignée de départements très peuplés en étudiants.
Dix départements sans un seul point de restauration
Le cœur du problème se lit dans cette liste : dix départements métropolitains — l'Ain, la Haute-Loire, le Tarn-et-Garonne, la Lozère, la Creuse, la Haute-Marne, l'Ariège, la Meuse, la Haute-Saône et la Corse-du-Sud — n'apparaissent nulle part dans les 978 points résolus du Cnous. Ce ne sont pas des départements sans étudiants boursiers : à eux dix, ils comptent 1 340 boursiers allocataires d'une aide au logement, avec une moyenne de 134 boursiers par département. Le cas le plus marquant est l'Ain, qui cumule 274 boursiers allocataires sans un seul point de restauration Crous recensé sur son territoire. Viennent ensuite la Haute-Loire avec 223 boursiers et le Tarn-et-Garonne avec 187 boursiers.
Le point commun de ces dix départements n'est pas la taille : la Creuse est un département peu peuplé, mais l'Ain (274 boursiers) et la Haute-Loire (223 boursiers) hébergent des effectifs étudiants comparables à des départements mieux dotés. Une explication possible tient à des villes universitaires moyennes ou des antennes délocalisées d'une université de la métropole voisine — Bourg-en-Bresse pour l'Ain, Le Puy-en-Velay pour la Haute-Loire — qui pourraient accueillir des effectifs étudiants sans implantation Crous dédiée, une lecture que cette étude ne mesure pas directement ; une autre piste est qu'une historique absence d'implantation universitaire complète dans ces villes a simplement jamais justifié l'installation d'un point de restauration, même après l'arrivée des étudiants.
Huit départements qui tiennent sur un point unique
Juste au-dessus de la liste noire, huit départements métropolitains ne comptent qu'un seul point de restauration Crous : l'Allier, les Alpes-de-Haute-Provence, l'Aude, le Cantal, l'Eure-et-Loir, le Gers, le Jura et le Loir-et-Cher. Ensemble, ils totalisent 1 899 boursiers allocataires d'une aide au logement, pour une moyenne de 237 boursiers par département. L'Allier est le cas le plus tendu : 504 boursiers pour un seul point de restauration recensé, soit plus du double de la moyenne de ce groupe. Sur le plan strictement comptable, ces départements ne sont pas des « zones blanches » — un point existe. Mais un point unique n'a ni les horaires d'ouverture, ni la capacité d'accueil, ni la marge de manœuvre géographique d'un réseau de plusieurs restaurants répartis sur un territoire : un problème de transport, de grève ou de fermeture temporaire y prive d'accès au repas social l'ensemble des boursiers du département, sans solution de repli locale.
Distribution générale : quatre paliers, quatre réalités
Au-delà des deux cas extrêmes déjà détaillés — zéro point, un seul point —, le reste du territoire pourvu se répartit en paliers assez nets, et chaque palier correspond à un ordre de grandeur différent de boursiers concernés. Les 31 départements qui comptent entre 2 et 5 points de restauration totalisent 14 630 boursiers allocataires d'une aide au logement, pour une médiane de 383 boursiers par département et un minimum de 66 boursiers dans le département le moins peuplé de ce groupe. Les 30 départements situés entre 6 et 15 points changent d'échelle : 52 264 boursiers au total, avec une médiane de 1 448 boursiers par département, presque quatre fois celle du palier précédent. Enfin, les 21 départements les mieux dotés, à 16 points ou plus, concentrent à eux seuls 128 449 boursiers, soit près des deux tiers (65 %) du total des 91 départements pourvus, pour une médiane de 4 890 boursiers par département. La moyenne suit la même trajectoire que la médiane à chaque palier : environ 472 boursiers en moyenne dans le palier « 2 à 5 points », environ 1 742 dans le palier « 6 à 15 points », et environ 6 117 dans le palier « 16 points ou plus », une progression multipliée par plus de 12 entre le premier et le dernier palier.
Cette progression par paliers n'est pas un hasard statistique : elle confirme, à une échelle plus fine, ce que dit la corrélation nationale de 0,89 entre nombre de points et nombre de boursiers — le réseau suit globalement la taille de la population boursière locale. Mais elle rend d'autant plus visibles les départements qui échappent à cette règle : le minimum de 66 boursiers observé dans le palier « 2 à 5 points » reste très inférieur aux 274 boursiers de l'Ain, département qui, lui, ne dispose d'aucun point. Le problème des dix départements sans point n'est donc pas un problème de faible densité étudiante — plusieurs paliers pourvus comptent moins de boursiers qu'eux — mais semble lié à des variations dans l'historique d'implantation universitaire locale, une piste possible qui dépasse le périmètre de cette étude et mériterait un approfondissement distinct.
Là où les points se concentrent : Paris, le Nord, les grandes métropoles
À l'autre bout du classement, la concentration est massive. Paris compte 71 points de restauration pour 11 249 boursiers allocataires, le Nord 51 points pour 10 755 boursiers, les Bouches-du-Rhône 39 points pour 6 860 boursiers, l'Isère 34 points pour 5 133 boursiers, la Loire-Atlantique 33 points pour 4 839 boursiers, la Haute-Garonne 32 points pour 12 668 boursiers, le Rhône 29 points pour 10 444 boursiers et l'Essonne 27 points pour 3 358 boursiers. La Haute-Garonne mérite un arrêt : avec 12 668 boursiers allocataires, c'est le département qui compte le plus de boursiers de toute la France, devant Paris, et il figure aussi dans le peloton de tête pour le nombre de points. Ce sont, sans surprise, des métropoles universitaires historiques — Paris, Lille, Marseille, Grenoble, Nantes, Toulouse, Lyon — auxquelles s'ajoute l'Essonne, zone universitaire majeure en Île-de-France. À eux seuls, ces huit départements cumulent 316 points de restauration, sur un total national de 978, ce qui donne une idée de l'ampleur de la concentration : huit départements sur 91 pourvus rassemblent une part très visible du réseau, quand dix autres départements, eux, n'en ont pas un seul.
Le nombre de points suit-il le nombre de boursiers ?
Sur les 91 départements pourvus d'au moins un point, le nombre de points de restauration et le nombre de boursiers allocataires d'une aide au logement sont corrélés positivement, avec un coefficient de Pearson de 0,89. C'est une corrélation forte : globalement, plus un département compte de boursiers, plus il compte de points de restauration. Mais une corrélation de 0,89, ce n'est pas 1 — et l'écart entre les deux raconte l'histoire de ce dossier. Un département où l'implantation suivrait mécaniquement le nombre de boursiers ne laisserait aucun département à zéro point : or onze en comptent zéro, avec des effectifs de boursiers loin d'être négligeables (jusqu'à 274 dans l'Ain). La corrélation dit que le système répond globalement à la demande démographique étudiante, mais elle n'exclut pas des trous locaux — des départements où l'histoire de l'implantation universitaire, plutôt que le nombre actuel de boursiers, pourrait avoir pesé sur la carte des points Crous — une piste que cette étude ne mesure pas directement.
Regroupés par grande catégorie, les 96 départements métropolitains comptent au total 957 points de restauration, soit une moyenne proche de 10 points par département, pour une moyenne de 2 023 boursiers par département. En moyenne absolue, un département métropolitain compte près de trois fois plus de points qu'un territoire d'Outre-mer du périmètre (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte, Saint-Martin) — 9,97 contre 3,5 points — mais il compte aussi, en moyenne, près de trois fois plus de boursiers (2 023 contre 728). Rapporté au nombre de boursiers, les deux ensembles sont donc en réalité dans une situation comparable : l'écart de points suit simplement l'écart de population étudiante, en ligne avec la corrélation nationale de 0,89 observée ailleurs.
Les Outre-mer, une équation à part
Le sous-ensemble Outre-mer mérite un traitement séparé parce que les volumes y sont d'un ordre de grandeur différent. La Guadeloupe compte 5 points de restauration pour 814 boursiers allocataires, la Martinique 2 points pour 605 boursiers, la Guyane 3 points pour 278 boursiers, La Réunion 10 points pour 2 666 boursiers — un profil proche de celui d'un département métropolitain moyen. Mayotte, en revanche, ne compte qu'un seul point de restauration pour 4 boursiers allocataires d'une aide au logement recensés par la Cnaf. Ce chiffre de 4 est trop petit pour en tirer une conclusion sur l'adéquation de l'offre. Une hypothèse possible est qu'il refléterait un recensement partiel du dispositif d'aide au logement localement plutôt qu'une réalité de seulement quatre boursiers logés sur le territoire, mais cette étude ne mesure pas directement la qualité du recensement Cnaf à Mayotte et ne peut pas trancher entre cette hypothèse et une réalité démographique locale. La Guyane, à l'inverse, illustre une autre limite de cette étude : avec 3 points de restauration pour 278 boursiers, le rapport brut paraît comparable à un département métropolitain moyen du palier « 2 à 5 points », mais le territoire guyanais s'étend sur une superficie sans commune mesure avec un département métropolitain — un point de restauration compté au niveau départemental n'y couvre pas la même réalité d'accès physique qu'ailleurs. Cette étude, construite au niveau départemental, ne capture pas cette dimension de distance intra-territoriale.
Pour un boursier confronté à cette réalité géographique — pas de point Crous à proximité, ou un seul point qui ne suffit pas — la contrainte se traduit directement en euros manquants chaque mois sur le poste alimentation. Dans les dix départements sans aucun point, le repas à tarif social prévu par le Cnous n'est tout simplement pas atteignable au quotidien : la dépense se reporte intégralement sur le budget personnel du boursier, sans filet institutionnel local. Deux leviers restent mobilisables à l'échelle individuelle, en attendant une éventuelle évolution du maillage : suivre précisément ce poste de dépense pour objectiver l'écart plutôt que le subir, avec un budget mensuel qui isole la ligne « repas » du reste — c'est exactement ce que permet le module budget étudiant de StudyShare — et, quand c'est possible, compenser une partie de cet écart par une activité rémunérée compatible avec les études plutôt que par un endettement informel.
Méthode et limites
Cette étude croise deux sources publiques indépendantes. Le Cnous (opérateur des restaurants universitaires) publie le jeu de données fr_crous_restauration_france_entiere, qui recense chaque point de restauration avec sa géolocalisation ; 979 lignes brutes ont été collectées, une écartée pour coordonnées invalides, 978 résolues à un département par géocodage inverse (code INSEE, jamais par nom de commune). La Cnaf publie séparément le jeu de données al_s_statuetu_dep, qui dénombre les foyers allocataires par statut étudiant et par département ; le filtre al_statuetu = 'Etudiant boursier' a été appliqué sur le mois le plus récent disponible, février 2026, pour 103 départements. La jointure entre les deux jeux de données porte sur le code département et couvre 91 départements en intersection directe (ceux qui ont au moins un point Crous) ; les onze départements sans point identifié ont été rattachés séparément à leur effectif de boursiers Cnaf, sans jointure sur un point de restauration inexistant.
Un point de définition compte particulièrement ici : le champ Cnaf utilisé (indfoy_ndural) mesure le nombre de foyers bénéficiaires d'au moins une prestation d'aide au logement (ALF, ALS ou APL) parmi les foyers au statut « Etudiant boursier ». Ce n'est donc pas l'effectif total des boursiers sur critères sociaux d'un département — beaucoup d'entre eux vivent chez leurs parents ou ne perçoivent pas d'aide au logement, et échappent de fait à ce comptage. Cette étude porte spécifiquement sur les boursiers qui, en plus de leur bourse, sont installés dans un logement propre et allocataires d'une aide dédiée : un profil pour lequel l'éloignement d'un point de restauration a un impact budgétaire direct, puisqu'il ne bénéficie pas d'un repas familial de repli. Sur les 103 lignes départementales du jeu de données Cnaf brut, une ligne supplémentaire portant le code département « 99 » (non rattachable à un département français réel) a été exclue de la jointure, entraînant l'exclusion de 63 boursiers allocataires de cette analyse.
Cette étude ne prouve pas qu'un boursier d'un département à zéro point n'a effectivement aucun accès à un repas à tarif social : un étudiant peut être scolarisé dans un département et se restaurer dans le département universitaire voisin, notamment en Île-de-France ou dans les grandes aires urbaines à cheval sur plusieurs départements. Elle ne prouve pas non plus de lien de causalité entre l'absence de point Crous et une conséquence sur la réussite ou la précarité alimentaire des boursiers concernés — la corrélation observée entre nombre de boursiers et nombre de points (r = 0,89) est une association statistique, pas une preuve que l'un cause l'autre, et elle n'a pas été établie à partir d'un tirage aléatoire de départements mais de l'ensemble du territoire, ce qui exclut toute lecture causale stricte. Enfin, les effectifs Cnaf les plus faibles (Mayotte : 4 boursiers) sont trop petits pour être interprétés isolément, et peuvent refléter une limite de recensement local plutôt qu'une réalité démographique.
Questions fréquentes
Quel est le prix d'un repas au Crous pour un boursier ?
Le Cnous applique un tarif social pour tous les étudiants dans un restaurant universitaire, avec une réduction supplémentaire pour les boursiers sur critères sociaux. Le tarif exact varie selon les campagnes tarifaires annuelles du Cnous ; cette étude ne porte pas sur le prix du repas mais sur l'existence même d'un point de restauration à proximité du boursier, condition préalable pour que ce tarif s'applique concrètement.
Le repas Crous à 1 euro est-il accessible à tous les boursiers ?
Le dispositif de repas à tarif très réduit pour les boursiers est national et s'applique dans tout point de restauration Crous, sans condition géographique supplémentaire. Mais son accessibilité réelle dépend d'abord de la présence d'un point à proximité : dans les onze départements sans aucun point recensé dans cette étude, dont l'Ain avec 274 boursiers allocataires, la question du tarif ne se pose pas avant celle de la distance à parcourir pour l'atteindre.
Que faire si mon département n'a pas de restaurant universitaire ?
Les options concrètes passent par les cafétérias ou points de vente annexes d'un Crous limitrophe, ou par le service social du Crous de rattachement académique, qui peut orienter vers des aides ponctuelles. Sur le plan budgétaire, isoler la ligne alimentation dans un suivi mensuel permet de mesurer l'écart réel de dépense plutôt que de le sous-estimer, en attendant une éventuelle évolution du maillage local.
Existe-t-il une aide alimentaire spécifique pour les étudiants boursiers ?
Au-delà du tarif social en restaurant universitaire, plusieurs Crous et associations étudiantes locales organisent des distributions ou des épiceries solidaires, en complément — pas en remplacement — du réseau de restauration classique. Leur disponibilité dépend fortement du département et n'est pas couverte par le jeu de données du Cnous utilisé dans cette étude, qui ne recense que les points de restauration officiels.
Calcul moyenne avec coefficient : méthode et exemples
Pour calculer une moyenne avec coefficient, multiplie chaque note par son coefficient, additionne les produits, puis divise par la somme des coefficients, et non par le nombre de notes.